Tomber amoureux du petit ami de son frère lui a brisé le cœur. Maintenant, il est de retour chez lui et retombe amoureux.

Un baiser d’anniversaire donné à la suite d’un défi et Kieran se rend compte qu’il risque de tomber amoureux de Jordan, le petit ami de son frère. Son départ à l’université lui donne la possibilité de changer de pays afin de tempérer un peu sa peine de cœur.

Mais, lorsque son père tombe malade et que sa sœur le supplie de rentrer à la maison, Kieran revient pour de bon. Il trouve l’entreprise familiale au bord de la faillite et Jordan, l’homme qui l’avait obligé à partir, dévasté par le désespoir et la culpabilité. Ils se promettent d’être amis pendant qu’ils travaillent à remettre l’entreprise à flot, mais cela ne pourra jamais être suffisant pour Kieran. Les secrets viennent à se répandre et ils doivent prendre des décisions vitales. Kieran réalise alors deux choses, il est de retour chez lui et il veut rester pour toujours avec Jordan.

À présent, il lui reste juste à convaincre Jordan.

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Extrait


Chapitre Un

— Jordan, tu as fini, maintenant ?

La voix de Ben fit sursauter Jordan Salter et il leva les yeux de son travail. Il recentra ses yeux fatigués qui venaient de lui permettre de travailler délicatement sur une pièce trois par trois en noyer séché au four. Il les écarquilla à plusieurs reprises dans le soir tombant, les clignant et tentant de donner un sens à la nouvelle focalisation de sa concentration. La gêne derrière eux était la cerise sur le gâteau, le résultat d’un mal de tête qui l’avait poursuivi toute la journée et du besoin de se concentrer sur le travail complexe et détaillé qu’il était déterminé à finir. Il ferma brièvement les yeux, totalement épuisé.

— Quo… ? laissa-t-il tomber, presque incohérent.

— Tu as dit que tu finirais tôt aujourd’hui.

— Pardon ? Comment puis-je faire cela si je suis interrompu dans mon travail ?

Le plafonnier s’éclaira et Jordan tressaillit.

— Bon sang, Jordan. Il est vingt heures passé et tu es toujours là ?

Ce dernier cligna des yeux, s’il était vingt heures, alors pourquoi Ben était-il encore ici ? Il aurait dû rentrer chez lui depuis deux heures. Réflexion faite, pourquoi portait-il son jean pour sortir et une chemise propre ? Jordan se souvenait d’avoir vu son ami et collègue en bleu, travaillant sur du câblage. Ben Craig était le seul sous-traitant auquel ils faisaient appel et seulement en cas d’urgence.

— Tu m’as demandé de revenir pour toi. Pour te rappeler la fête, dit Ben, répondant clairement et délibérément par des mots contenant peu de syllabes, parlant lentement afin que son interlocuteur puisse absorber le sens des mots. L’homme plus âgé se tendit et fronça les sourcils. De quoi Jordan devait-il se souvenir ? Brusquement, par-dessus la fatigue, la mémoire lui revint. La fête. L’anniversaire de Hayley. Elle avait vingt-deux ans aujourd’hui et il avait été invité à se joindre aux Addison et à leurs amis au Olive Garden pour le dîner.

— Merde.

— Oui, carrément, murmura Ben en s’avançant à travers la cuisine et, presque comme s’il ne pouvait pas s’en empêcher, glissant la paume de sa main droite sur le bois brun brut et encore terne que Jordan avait choisi pour les balustres.

Il traça le grain, les doigts touchant à peine la surface et hocha la tête. Jordan regarda le bois, puis Ben et inversement, son esprit travaillant furieusement sur le fait qu’il avait promis d’être à la fête.

— Ce sera beau, offrit-il, se demandant s’il était sur la défensive alors qu’il rejetait cette pensée et se concentrait sur la beauté du bois.

— Ça le sera une fois poli, accepta son ami. Le noyer était un bon choix.

— J’étais juste… impliqué, termina-t-il dans sa tête.

Absorbé au point qu’il ne ressentait aucune lassitude jusqu’à ce que son attention soit perturbée. Jordan avait toujours été hypnotisé par les formes qu’il pouvait créer, des détails sculptés complexes sur les balustres au travail de tourneur à la main sur les incrustations alambiquées pour les dossiers des fauteuils. Les motifs et les courbes sous ses doigts étaient depuis toujours dans le bois, pour autant qu’il le sache. Après avoir trouvé les grains les plus doux, il coupait, formait et polissait, ne pensant à rien d’autre que la beauté du bois sous son toucher. Une fois qu’il avait vu le but de chaque morceau de bois et avait prêté attention aux forces enterrées dans chaque pièce, il avait le produit fini en tête. Il posait sa pensée sur le brut potentiel devant lui et se concentrait afin que la forme finale corresponde à l’image mentale. Il ne savait souvent pas par où commencer, mais lorsqu’il était dans l’action, lorsque chaque minuscule coup faisait ressortir la beauté de la vision du bois dans des stries de brun pâle et d’or, il ne pouvait plus s’arrêter.

Ce n’était pas la première fois qu’il oubliait quelque chose au cours des derniers mois et ce ne serait pas la dernière. Il était fatigué et il se sentait plus âgé que ses vingt-neuf ans. Il faisait généralement dix-huit heures par jour. Le travail physique dur sur les aspects les plus importants de la rénovation, puis les travaux de finition détaillés de Mistral House l’avaient consumé.

La récession avait frappé l’industrie de la construction et il était le seul membre du personnel d’Addison Construction. AC n’avait pas eu le choix… ils avaient dû licencier et il finissait lui-même le contrat juste avec Ben pour les travaux qu’il ne pouvait pas faire, l’électricité étant l’un d’entre eux. Lorsque Jordan travaillait sur la touche finale d’une rénovation, il se fondait dans le processus, la sculpture, la coloration et l’accomplissement de sa seule réalité. Il était intensément et complètement coupé du reste du monde et des choses comme les fêtes d’anniversaire et les promesses d’y assister n’existaient pas.

AC devait rendre Mistral House dès qu’ils le pouvaient, l’existence même de l’entreprise de Phil Addison dépendant des flux de trésorerie réalisés à partir de la vente de la maison. Si on y ajoutait le stress de la nécessité de finir, Jordan n’avait pas eu plus de trois heures de sommeil la nuit dernière et il attaquait sa dix-neuvième heure de travail aujourd’hui.

Il jeta un coup d’œil sur le bois lisse, la texture du balustre satinée et solide sous le bout de ses doigts jugeant qu’il lui restait un quart d’heure, peut-être la moitié et cette partie du travail, minutieuse et détaillée, serait terminée.

Les placards de cuisine, tous sur mesure, étaient en noyer massif, des générations d’anneaux de croissance dans le bois robuste. Les détails fins de Jordan accentuaient les points forts et l’éclat des tons de miel profonds du bois. Jordan avait créé un piédestal, une table de cuisine circulaire et quatre chaises et la rampe complétait l’autre bois dans la pièce.

La cuisine était le couronnement de la menuiserie dans cette rénovation et une source de grande fierté pour lui.

Il avait, après tout, fait la plus grande partie du travail tout seul depuis que Phil était devenu trop malade pour travailler à ses côtés. La cuisine était son bébé et il avait juste besoin d’en finir les détails. Ben restait debout, attendant une réponse si son déplacement subtil d’un pied sur l’autre était une indication.

— Je serai là avant qu’on amène le gâteau d’anniversaire, dit-il doucement en offrant un compromis.

Doucement parce qu’il espérait que Ben ne l’entendrait pas et qu’il renoncerait de son plein gré et partirait s’il avait l’impression que Jordan l’ignorait. Il n’avait pas besoin qu’on lui dise pourquoi il devait être avec les Addison, pourquoi c’était important pour Hayley qu’il soit là parce qu’il était tout ce qui se rapprochait le plus d’un frère et que c’était tout ce qui lui restait.

Madame Chance ne souriait pas, cependant, à Jordan Salter. Ben l’entendit et il commença à lâcher la vapeur.

— Tu ne vas nulle part. Tu n’as aucune vie sociale. Tu travailles toutes les heures que Dieu fait. Aurais-tu une envie de mourir, fiston ?

Fiston. Ce fut le seul mot qui traversa les barrières de Jordan. Il y avait de l’affection dans la voix de Ben, de l’affection et du souci. Peut-être qu’il devrait cesser de travailler. Peut-être que son ami marquait un point.

— Ben… commença-t-il en se retournant légèrement, déterminé à parler.

Il dut tendre le bras rapidement pour rattraper le marteau qu’il avait frappé avec son bras.

— Espèce de fou. Tu es un accident en devenir, s’exclama Ben.

Ses yeux se plissèrent au fur et à mesure qu’il observait Jordan à partir de cette nouvelle perspective. Et ce qu’il voyait ne lui plaisait clairement pas.

— J’ai presque fini, se défendit le jeune homme avec une pointe d’acier dans sa voix que même lui pouvait entendre.

Il s’écroula intérieurement. Ben n’avait pas mérité son manque de respect. Aussi fatigué qu’il soit, il devait au moins essayer d’être poli.

— Tu n’es pas loin de te tuer.

La voix habituellement calme de Ben contenait une nouvelle nuance. Une certaine panique remplaçait un peu la colère. Jordan traita Ben de la seule façon qu’il connaissait, écartant ses préoccupations, ne lui donnant pas la possibilité de poursuivre la conversation.

— Bon sang, Ben, je serai là dans une heure.

— Une demi-heure, rétorqua Ben.

Jordan sentit son calme s’envoler, mais comment pourrait-il le perdre avec Ben, alors que son ami avait des raisons de s’inquiéter ? Et il le savait.

Il ne pensait pas s’être jamais senti aussi déprimé, si épuisé, mais Ben ne connaissait pas l’ampleur de l’état dans lequel Addison Construction se trouvait. Il n’était pas au courant de la dette de la banque, que le chèque que Mistral House était sur le point de leur rapporter couvrirait juste leur déficit. Le minutage devait être parfait. L’inspection aurait lieu dans deux jours et il lui restait si peu à faire pour finir. Il laissa Ben continuer à parler, l’ignorant surtout pour sa santé mentale jusqu’à ce que celui-ci atteigne son apogée et se taise brusquement.

Jordan fronça les sourcils devant ce soudain silence. C’était toujours une mauvaise chose lorsque Ben se taisait.

— Brad ne voudrait pas que tu te tues au travail pour le retrouver plus tôt.

Les paroles de Ben étaient lourdes de tristesse et il les prononça tellement fermement, affirmant son opinion.

La culpabilité, la colère, son humeur s’agitèrent ensemble dans l’estomac de Jordan, puis se transformèrent brusquement en un tourbillon de chagrin. Il repoussait impitoyablement les sentiments écrasants qu’il ressentait lorsqu’il pensait à l’homme qu’il avait aimé et perdu. Il les avait enfermés derrière des murs de pierre. Merde. L’épuisement permettait aux émotions cachées de remonter. Ben aurait dû s’abstenir. Pourquoi même avait-il mentionné Brad, ce soir entre tous les soirs ? Ne pouvait-il pas voir que Jordan était occupé à essayer de sauver la compagnie du naufrage ?

Ben le regarda et son visage ridé et buriné affichait une si douce compréhension que Jordan sentit que sa mauvaise humeur commençait à se dissiper. Il bloqua le feu de sa colère autant qu’il le pouvait, la canalisant pour alimenter son entêtement. Il n’avait pas de réponse à la déclaration de son ami. Tout ce qu’il aurait pu dire, c’est que, oui, peut-être, il voulait rejoindre Brad parce que mourir résoudrait tout. Peut-être que s’il lui arrivait malheur, ce serait mieux. Il était très bien assuré et sa famille de substitution, les Addison, était sa seule légataire. Cela effacerait toute la dette et plus encore. Il alluma la petite scie sauteuse qu’il avait utilisée plus tôt pour continuer à façonner le poteau d’escalier. Le grondement élevé de la machine rendait toute conversation impossible et c’était la seule façon de s’empêcher de céder à autre chose qu’à la détermination de finir cette foutue maison. Sa gorge était serrée et ses pensées se tordaient, enchevêtrées et liées entre elles par toutes sortes de problèmes, dans sa tête.

Ben ne devrait jamais être obligé de supporter le poids de cette horreur. Il lui tourna délibérément le dos. Il déclara la conversation close en termes clairs et se reconcentra sur la fin de son travail. Il aperçut l’expression inquiète sur le visage de l’autre homme, mais il l’ignora.

— Cela devient trop dangereux, dit Ben en se parlant à lui-même lorsqu’il partit, mais Jordan ignora cela aussi.

En fait, il se détendit dès qu’il sentit qu’il était seul dans la pièce et il jeta un coup d’œil pour confirmer que son ami ne se tenait plus dans l’embrasure de la porte. L’homme plus âgé avait emporté avec son air de désappointement et de préoccupation croissante.

Il poussa un profond soupir de soulagement et retourna vers le travail à portée de main, essayant de trouver son équilibre, tentant désespérément de se connecter à la compétence qui était en lui, ne voulant pas tout endommager. Travailler avec ses mains, faire émerger la beauté hors du bois le réconfortait et le centrait. Un artiste, c’est ainsi que Kieran l’avait appelé autrefois.

Bon sang, d’où lui venait cette pensée ? D’abord Brad et maintenant Kieran ? C’était une foutue nuit pour que les fantômes et les souvenirs choisissent de le hanter. Il réussit à repousser son épuisement total en essayant de calmer sa colère et la misère qui l’entouraient, un dernier trait d’adrénaline le poussant vers la ligne d’arrivée. La fatigue dans ses os était près de le paralyser et faisait à moitié tomber ses paupières. Ses muscles fonctionnant avec une surdose d’acide lactique hurlaient de douleur. Il savait qu’il paierait cher pour ses abus demain matin. Au moins, la douleur serait un peu atténuée par la satisfaction de pouvoir éditer la facture finale pour les deux cent mille dollars qu’ils attendaient. Les paroles de Ben lui revinrent à l’esprit et il était trop fatigué pour les bloquer. Qu’il soit maudit de lui avoir parlé de lui maintenant. L’anniversaire de Hayley signifiait que la date anniversaire de la mort de Brad arrivait dans quelques jours. Une date sombre d’un cauchemar qui était encore à dissiper.

Sa concentration s’effilocha et il se ressaisit juste à temps pour empêcher la lame piquante de faire un trou dans sa main. Au travers du brouillard de la lassitude, il fut traversé par une pensée réaliste. Il sentit plus qu’il n’entendit son soupir frustré. Cela avait trop proche, vraiment trop proche. Il était un imbécile. Argent de l’assurance ou pas, ce ne serait pas bon pour les Addison ou lui-même s’il réussissait à détruire ses outils les plus précieux : ses mains. Il était temps de s’arrêter.

Jordan se leva et fit un pas en arrière, ses jambes prises de crampes, douloureuses et tendues d’être restées dans la même position pendant si longtemps. La douleur et une faiblesse passagère dans sa jambe gauche le firent trébucher. Il essaya de se rattraper et réussit à se tordre le pied avec le câble de la scie. Il tomba et sa main glissa contre la mince lame. La douleur fut instantanée et le courant fut coupé aussi rapidement.

Il réussit à trébucher en arrière dès que la lame eut touché sa peau. Cependant, le mal était fait. La scie avait tranché dans son poignet et la partie charnue de sa main. La blessure était si profonde qu’il pouvait voir l’os. Le premier choc de la douleur fut tellement intense qu’il le fit tituber en arrière jusqu’à ce qu’il s’écrase sur le tabouret qu’il avait utilisé.

Une voix criait dans son esprit. Arrête le saignement ! Trouve de l’aide ! Mais, il ne savait plus comment faire. Le choc lui faisait perdre l’esprit. Il posa à l’aveugle son avant-bras sur le tabouret et essaya désespérément de compresser la blessure en utilisant sa main non blessée.

Le sang coula entre ses doigts et sur son avant-bras, glissa sur le socle du tabouret et fila le long de sa jambe la plus proche avant de se mêler à la sciure sur le sol dans une horrible pâte à bois rougeâtre.

Le choc s’approfondit et Jordan se sentit étourdi, la douleur ne lui laissant presque aucune possibilité de réfléchir. Il savait, cependant, qu’il pourrait mourir avec une perte de sang aussi rapide. Il relâcha la blessure pour attraper son téléphone portable qu’il avait posé à côté de la table de la scie. Il jura lorsqu’elle glissa de sa main mouillée de sang.

— Fils de pute. Foutu fils de pute, murmura-t-il à plusieurs reprises, l’odeur du sang, de son sang affleurant de plus en plus.

Il tendit à nouveau la main, réussit à l’attraper et il l’ouvrit. Sa vision s’obscurcit et ses yeux se fermèrent tandis que quelque part il se rappelait qu’il devait faire pression sur la blessure. Ce rappel fut tout ce qu’il réussit à faire avant que le téléphone ne tombe sur le sol comme sa main et le sang. Le sol se leva à sa rencontre dans une brume de gris et de bois et il s’effondra au sol, sa chemise entourant sa main blessée. Il roula, coinçant son bras sous son corps et pensa qu’il allait bientôt perdre conscience dans un labyrinthe tordu de sang et de fils. Il regarda le liquide écarlate se répandre plus lentement, mais toujours sans relâche sous lui alors que le sang, sa vie saturait le plancher en bois et s’incrustait entre les planches douces et lisses.

Dans le tourbillon gris sombre, ses pensées devinrent floues. Peut-être que ça va. Peut-être que cela n’a pas d’importance.

Ce ne serait plus long, donc. S’il avait de la chance, il pourrait peut-être dire à Brad combien il était désolé. Combien il était dé…

Et le monde disparut dans le noir.

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