Le moment de vérité

Beckett Jamieson découvre qu’il a été adopté lorsqu’un avocat lui remet une lettre de sa mère pour son vingt-et-unième anniversaire. Son vrai nom est Robert Bullen, mais la famille Bullen est impliquée dans des activités criminelles de la pire espèce. Il décide de les faire chuter, mais finit par être roué de coups et temporairement aveugle.

Un agent du Sanctuaire l’emmène dans une maison sécurisée pour guérir. Le Docteur Kayden Summers, agent du Sanctuaire, n’est pas heureux de se retrouver coincé au milieu de nulle part avec un homme inconscient. Lorsque Beckett se réveille, la situation va de mal en pis. Il ne fait pas confiance au médecin et est plus déterminé que jamais à trouver la preuve que sa mère a cachée, et en plus de tout cela, Kayden se sent attiré par le jeune homme déterminé.

Pourront-ils surmonter leurs problèmes et éliminer la menace que représentent les frères Bullen ?















Acheter


Amazon (FR) | Amazon (CA) | Amazon (UK) | Amazon (US) | KoboAll Romance | Smashwords

Extrait


CHAPITRE UN

— Bon sang, qu’est-ce que je cherche ?

Beckett Jamieson se tenait au centre de la pièce. Il en fit lentement le tour complet, cataloguant autant qu’il en pouvait. Rien ne correspondait à la description qu’elle avait dite sur ce qu’il trouverait ici. Il n’y avait pas de fleuron sculpté, en fait, le lit avait l’air neuf. Probablement beaucoup plus récent que la dernière fois qu’il avait été là, il y a dix-huit ans. Mais elle savait certainement que les choses qu’elle avait connues auraient changé avant son vingt et unième anniversaire. Donc lorsqu’elle avait parlé de sculpture, peut-être que ce n’était pas de la sculpture décorative d’un lit. Il regarda les deux unités sans tiroir qui servaient de tables de chevet. Elles étaient désespérément simples dans leur conception.

— Allez, maman ! Il n’y a rien qui ressemble à quelque chose de taillé dans cette pièce. Aide-moi, là.

Jusqu’à il y a quatre semaines, il ne savait pas que sa mère de naissance lui avait laissé ce puzzle à résoudre. Il savait depuis son dixième anniversaire qu’il avait été adopté, mais il n’avait jamais ressenti la contrainte de parcourir les États-Unis, à la recherche d’une famille nébuleuse ou de ses parents biologiques qui, manifestement, n’avaient pas voulus de lui. Pas quand il avait dix ans et faisait une fixation sur les Tranformers, ni à quinze quand il avait réalisé qu’il était gay, ni à dix-huit quand ses années d’université commençaient tout juste. Vingt-et-un était un âge magique, mais pas vraiment à son intention.

Sa mère et son père, Isla et Derek Jamieson, les gens qui l’avaient pris alors qu’il était un petit enfant, avaient emmené toutes les informations qu’ils avaient pu avoir sur ses vrais parents, dans leurs tombes quelques années auparavant. Tout ce qu’ils avaient dit était que tout deviendrait clair quand il aurait vingt-et-un ans et qu’il serait assez vieux pour être celui qu’il voulait être. Être appelé pour rencontrer Austin Mitchell, apparemment l’avocat de la famille, avait été le catalyseur pour vouloir et avoir besoin d’en savoir plus.

L’avocat « appelez-moi Austin » lui avait tendu un épais dossier qui contenait une lettre dans une enveloppe scellée et un paquet soigneusement enveloppé. L’étiquette sur l’emballage contenait une simple missive : Joyeux vingt-et-un ans, Robert, avec mon amour, Maman.

— Vous connaissiez ma mère biologique ?

Beckett avait toujours parlé d’elle comme ça. Isla Compton était sa vraie mère. La seule constante dans sa vie, fournisseuse de biscuits, de câlins et d’une foultitude d’amour.

— Je la connaissais assez bien, avait dit Austin, d’une manière qui allait de soi, mais Beckett avait pu voir le mouvement convulsif des lèvres et la tristesse dans son expression.

Apparemment, Austin avait assez bien connu sa mère biologique pour être affligé par sa perte. Était-il possible que l’homme plus âgé l’ait connu dans le sens biblique du terme ?

— Étiez-vous…

Beckett avait voulu dire son amant ? Son mari ? Mais cela aurait été malpoli. Et il n’était pas grossier.

— Spécial pour elle ? termina-t-il, sans conviction.

C’était tout ce à quoi il avait pu penser et une relation spéciale aurait pu expliquer pourquoi l’avocat avait été chargé de parler à Beckett lors de son vingt et unième anniversaire. Peut-être que l’homme en face de lui était son père biologique ? Austin, qui avait paru un peu secoué par la question, avait simplement secoué la tête.

— Alors, mon véritable prénom est Robert ?

— Robert Edward Bullen.

Beckett avait considéré le nom et ses implications initiales. Il n’était définitivement pas Robert. Il était Beckett. Beck. En aucune façon, il ne changerait son prénom pour Robert, cela n’arriverait pas dans son avenir. Il y avait eu un minuscule ours en peluche avec la lettre – le genre que vous donniez à un petit enfant pour décorer un lit ou une poussette. Quand Beckett l’avait saisi et avait senti la douce fourrure, il avait soudain souhaité que cela lui ramène des souvenirs d’avant ses quatre ans à la surface. Il n’arrivait pas à se souvenir de la moindre chose et il l’avait reposé sur le bureau.

— Et qu’en est-il de mon père biologique ? avait-il demandé avec précaution.

Dans sa tête, sa mère était une enfant tombée enceinte, sans mari dans le tableau. C’était facile de lui pardonner de l’avoir abandonnée s’il utilisait ce raisonnement.

— Il est toujours en vie, avait répondu Austin.

Beckett avait brusquement relevé les yeux.

— Sait-il à propos de moi ?

— Il savait pour vous. Il pensait que vous étiez mort dans le même accident de voiture que votre mère.

— Alors, elle est bien morte. Elle est morte et j’ai été adopté. Elle ne m’a pas abandonné ?

— Non.

Austin avait soupiré et fermé brièvement les yeux.

— Il n’y a eu aucun abandon. Elle est morte, vous avez survécu.

La voix d’Austin avait été calme et rationnelle. Il avait poursuivi.

— Je l’ai aidée à vous prendre et à vous mettre en sécurité.

Beckett avait cligné des yeux en regardant l’homme. Il n’arrivait vraiment pas à comprendre ça. Cela ressemblait à l’intrigue d’un roman avec un meurtre.

— Vous m’avez mis en sécurité ? Que voulez-vous dire ?

— Je pense que la lettre va vous donner un début d’explication. Je vais vous laisser un peu d’intimité et préparer un peu de café pour le moment où vous serez prêt à parler. L’ordinateur est à vous.

Austin avait quitté la pièce, sans un seul coup d’œil en arrière et Beckett avait ouvert le paquet. À l’intérieur, il y avait une simple boîte en bois plate, avec un tampon sombre encré sur le couvercle. Il avait examiné les lettres sur le couvercle et réalisé que c’était ses initiales de naissance, RB. Ouvrant la boîte, il avait trouvé une chaîne. Lourde et en or, c’était certainement une chaîne d’homme et elle était de la taille d’un poignet – le poignet de Beckett.



***



Revenant à l’instant présent, Beckett sentit la chaîne. La lourde sensation contre sa peau était rassurante et une connexion à la femme qui l’avait mis au monde. Emma Bullen. La lettre contenait une petite liste d’instructions et les choses habituelles qu’il imaginait qu’une lettre d’explications devait contenir. Il était Robert Bullen, fils de Gregory Bullen, neveu du Sénateur Thomas Bullen et d’Alastair Bullen. Son père biologique était vivant, tout comme ses oncles. C’était l’instruction bizarre qu’il devait chercher un espace sculpté dans son ancienne chambre qui l’avait envoyé au domaine dans les Catskills et vers son père biologique. Bien entendu, il avait fait des recherches avant son arrivée.

Ce que Beckett avait découvert n’était pas vraiment ce qu’il avait espéré trouver, enfin, pas à propos de sa mère. Emma Bullen était morte dans un accident de voiture avec son fils Robert – une mort atroce sur une route tortueuse dans les montagnes, pas très loin du domaine des Bullen. Il n’y avait pas eu de témoins et il n’était rien resté de la voiture, à l’exception d’un véhicule plié et tordu à l’aplomb d’une falaise. Allos, il s’était assis là ; apparemment, il était Robert Bullen et il avait appris tout ce qu’il pouvait sur sa famille.

Gregory Bullen, son père et son oncle, Alastair, étaient deux hommes d’affaires plongés dans tout un tas d’affaires louches. Son autre oncle, Thomas, était un honnête sénateur, un politicien plus blanc que blanc, qui portait haut l’étendard de valeurs morales fortes. Le sénateur n’était pas très proche de ses deux frères, mais même un idiot qui tombait sur Greg et Alastair pouvait voir quel genre d’hommes ils étaient. Des mafieux. Dans tous les sens du terme : extorsions, drogues, prostitution, le tout drapé dans un manteau de respectabilité. Il n’était même pas certain de savoir à quel point les crimes étaient étendus.

Et à présent, il était dans son ancienne chambre, suivant les instructions de cette lettre, gravée dans sa mémoire, cherchant les sculptures qui devaient le mener à Dieu seul savait quoi. Quoi qu’il trouve, avait-elle écrit dans la lettre, il y aurait assez pour faire payer les personnes responsables de sa mort et lui donnerait un moyen de pression contre la famille. Même maintenant, cela provoquait un frisson glacé dans le dos de Beckett. Avait-elle su qu’elle allait mourir ? Cela avait dû être un poids insupportable à tenir sans craquer.

Il y avait eu des photos granuleuses sur Internet à partir des journaux qui dataient de l’époque de la mort d’Emma – les trois frères se tenant à côté de la tombe et de deux cercueils, un grand et un petit. Apparemment, les deux cercueils étaient remplis de quelque chose qui ne s’apparentait à rien de plus qu’une collection d’os brûlé. Les journaux avaient imprimé ça, sans excuses. Le journalisme à sensations à son meilleur.

— Très bien, dit-il doucement à lui-même. Si j’étais dans cette chambre, où aurais-je pu penser trouver un endroit sûr ?

S’approchant de la commode, un autre meuble simple en bois, il fit courir ses doigts dessus. Quand sa mère avait écrit les instructions, il était si petit qu’il n’avait gardé aucun souvenir de ce à quoi sa chambre ressemblait.

— Est-ce que tu vas bien, fils ?

Gregory Bullen se tenait à la porte et Beckett se redressa, immédiatement. Il y avait quelque chose en Gregory qui l’effrayait terriblement. L’homme était bâti comme un immeuble en briques, large et fort, avec chaque année gravée dans sa peau résistante aux intempéries et ses cheveux étaient aussi noirs que la nuit. Imposant. Énergique. Fort.

— Je ne faisais que regarder, dit Beckett en haussant les épaules.

Il laissa Gregory lire tout ce qu’il voulait là-dedans. Son père entra dans la chambre et fit une pause pour regarder autour de lui.

— Robert…

Il le reconnaissait.

— … Ta mère…

Il traça un signe de croix sur sa poitrine.

— … que Dieu ait son âme, adorait cette chambre.

— Vraiment ?

Beckett ne put s’en empêcher. Il était affamé de toute information sur la personne qui lui avait donné la vie. Il choisit même d’ignorer la brûlure instantanée d’aversion qu’il ressentit à l’intérieur de lui d’être appelé Robert.

— Je ne devrais pas dire du mal des morts, mais elle ne s’est jamais adaptée à une grande maison comme ça. Elle était trop simple pour cet endroit et elle aimait cette chambre pour ce qu’elle était : un endroit où elle pouvait être elle-même.

Gregory dit cela avec un léger soupçon de recueillement, mais Beckett aimait à penser qu’il pouvait voir à travers l’intention sous-jacente. Il n’y avait aucun amour dans la voix de Gregory.

— Qu’est-ce que je pensais de la maison quand j’étais ici ? demanda Beckett avec curiosité.

Il pourrait ainsi avoir une idée de ce qu’il en pensait quand il était âgé de quatre ans, avant de continuer à avancer.

— Tu adorais cette maison. Chaque coin était un endroit où se cacher et chaque pièce une aventure.

Cette fois, il y avait une véritable émotion dans la voix de Gregory. De l’affection ? De la colère ? Beckett n’en était pas vraiment certain. Gregory était un homme difficile à saisir.

— Ton oncle et moi sommes attendus à nos réunions. Aimerais-tu nous rejoindre en ville ?

Passer une heure avec le chauffeur conduisant la limousine et Gregory et Alastair Bullen ? Gregory aussi froid que de la glace et dégoulinant de mièvrerie, et Alastair, un putain de harceleur avec une lueur mortelle dans les yeux ? Putain, non. Beckett avait du travail à faire ici. Et pas des moindres, puisqu’il devait trouver toute preuve que sa mère avait cachée dans cette pièce et essayer d’entrer dans l’ordinateur de Gregory pour plus d’informations. Ce dernier essayait de faire un effort, mais Beckett sentit – et pas pour la première fois – qu’il n’y avait rien de plus que de la suspicion dans leurs relations. Après tout, il était revenu après dix-sept ans et bien qu’il ait été prouvé avec un test de paternité qu’il était Robert Bullen, Gregory ne lui avait toujours pas ouvert grand les bras pour accueillir Beckett à la maison. Il y avait eu de sérieuses discussions sur l’endroit où Beckett avait été, qui s’était occupé de lui et de ce dont il se souvenait. Beckett n’avait jamais pensé qu’il serait soulagé qu’il ne lui reste plus de famille à proprement parler.

— Non. Merci, répondit-il agréablement. J’ai une tonne de cours à rattraper.

Beckett souligna sa décision de ce qu’il espérait être un triste sourire et non une grimace forcée. Gregory lui rendit son sourire, bien qu’il n’atteigne pas tout à fait ses yeux. Beckett se demanda ce que l’autre homme allait dire. Il avait l’air d’être prêt pour une certaine effusion émotionnelle, ce qui, à chaque fois que cela arrivait, fichait tout en l’air dans la tête de Beckett.

— Mon fils, le diplômé, dit-il à la place.

Puis, il tourna les talons et partit.

Beckett attendit jusqu’à ce que la voiture s’éloigne, regarda tandis que la limousine avec ses lignes incurvées disparaissait en bas de la longue route. Il ajouta cinq minutes supplémentaires, puis continua ses recherches dans la chambre. Cette fois, cependant, il était vraiment libre de rechercher et il tira les meubles loin des murs.

Son marché avec l’assistante du procureur du district était de fournir des informations en échange d’aide pour sortir de là. Il avait déjà vu ce qui arrivait à quelqu’un qui s’en prenait aux Bullen. La mort d’Elizabeth lui avait montré qu’il était facile pour quelqu’un de mourir des mains de quiconque les Bullen embauchaient. Il ne songeait pas une seule minute qu’être le fils prodigue pourrait le sauver s’ils découvraient pourquoi il était vraiment ici.

Ce gars, hier, Dale lui avait promis qu’il pourrait l’aider. Tout ce dont Beckett avait besoin de faire était de trouver la preuve que sa mère avait écrit et qu’elle avait réunie. Il se demanda ce qu’il cherchait. Était-ce un disque ? Cela avait fait dix-sept ans auparavant. Si c’était un disque, c’était probablement un énorme paquet et il espérait du fond du cœur qu’il ne serait pas détérioré au point de ne pas être lisible. Peut-être était-ce des notes ou des photos ?

Frustré de ne rien avoir trouvé, il se pencha contre l’armoire et laissa retomber sa tête. Pourquoi ne pouvait-il pas se souvenir davantage de son enfance ? Pourquoi sa mémoire était-elle vide ? Levant la tête vers le ciel à nouveau, il poussa un juron et supplia de trouver l’inspiration. Ce fut alors qu’il le vit.

Le médaillon plafonné autour du lustre. En bois sculpté et peint d’un blanc brillant. Était-ce possible que ce soit l’endroit ? Il n’y avait qu’un seul moyen de le savoir. Tirant la chaise du bureau jusque sous la lampe, il grimpa dessus pour atteindre la sculpture. Il y avait une lèvre installée autour du bord qui, vu du sol, semblait aller jusqu’au plafond, mais qui en fait, laissait un espace aussi large qu’un doigt pour l’atteindre. Il espérait du fond du cœur ne pas être sur le point de glisser ses doigts dans des toiles d’araignées vivantes et autres bestioles effrayantes. L’excitation le fit pousser sa main dans la fente et en faire le tour. Il y avait quelque chose là. Une enveloppe plate ? Des papiers ? Se dressant sur la pointe des pieds, il poussa sa main plus loin et réussit à tirer sur le document avec ses doigts. Il arriva finalement à le libérer avec un nuage de poussière qui fit larmoyer ses yeux et titiller son nez. Précautionneusement, il vérifia s’il y avait plus dans le médaillon, mais tout ce qu’il sentit était des toiles. Satisfait d’avoir tout trouvé, il sauta au bas de la chaise. Avec une main tremblante, il sortit le seul petit bout de papier de l’intérieur. Soupirant, il réalisa que c’était de nouvelles notes cryptiques. Il commença à les lire. Il ne vit jamais qui c’était. N’eut jamais une chance de se protéger. Un poing arriva sur le côté de sa tête et quand la douleur le fit tomber à genoux, il sut qu’il était foutu.

— Putain, qu’est-ce que tu fais ?

La voix d’Alastair. Manifestement, il n’était pas parti avec Gregory. Cela avait été un mensonge pour lui dire qu’il partait, ou un changement de dernière minute. Peu importe. Alastair avait une arme et il la pointait sur Beckett.

Beckett recula et se précipita vers la salle de bain, refermant la porte derrière lui, la maintenant close avec son corps. Il n’y avait pas de verrou. Merde ! Qui n’avait pas de verrou sur la porte de sa salle de bain ? La porte en bois massif pourrait peut-être retenir une balle, mais même ainsi, il choisit de s’en éloigner, juste au cas où.

Merde ! Que diable allait-il faire ? Pourquoi n’avait-il pas essayé de lui parler pour se sortir de tout cela ? Il aurait juste pu dire qu’il était… Merde ! Il n’avait pas d’excuse toute prête.

— Arrête d’agir comme un idiot, Robert, et sors de la salle de bain.

La voix d’Alastair était dure et impatiente.

— Beckett ! Mon nom est Beckett Jamieson, cria-t-il en se penchant plus fort contre la porte tandis qu’il sortait son téléphone portable de sa poche.

Il n’y avait aucun moyen de sortir de cette salle de bain. Pas de fenêtre donnant sur l’extérieur. L’appel se connecta rapidement et il en laissa échapper autant qu’il le pouvait.

— Je suis pris au piège dans une salle de bain. J’ai merdé et j’ai peur. Je ne peux pas sortir…

Il ne termina jamais son appel. La porte fut ouverte de force, son propre corps léger ne fit rien pour retenir son oncle aussi fort qu’un ours et le téléphone vola. Il alla s’écraser contre la porcelaine de la baignoire et tout aussi brusquement qu’il s’était envolé de sa main, il gisait sur le sol, en morceaux.

La porte le poussa vers l’intérieur et il tenta d’agripper quelque chose pour éviter de tomber, mais fut seulement arrêté par Alastair qui l’attrapa par le cou et les cheveux. Il lui fit une prise d’étranglement et le souleva du sol si durement que Beckett vit danser des points lumineux devant ses yeux.

— Putain, je le savais !

Alastair cracha ces mots avec colère et d’un geste de la main, Beckett se sentit glisser dans l’inconscience.



***



Quelque chose mordait dans ses poignets et ça faisait mal. Corde ? Ficelle ? Quelque chose de dur et d’impitoyable. La conscience lui revenait petit à petit et du sang inondait sa langue. Ses mains étaient attachées et il était affalé sur la même chaise qu’il avait utilisée pour atteindre le plafond. Sa gorge lui faisait mal. Vraiment. Douloureuse.

— … ordinateur. Les caméras nous l’ont montré.

— Cela ne signifie pas…

— Greg, c’est pour ça que je t’ai dit que je devais rester ici et pourquoi je t’ai rappelé afin que tu rentres. Je le surveille depuis presque vingt-quatre heures et il m’a donné que de la merde. Le fils prodigue est de retour et tu n’es même pas un peu soupçonneux ? N’as-tu donc rien appris ? Merde ! Tu as toujours été le lâche dans cette famille. Premièrement, Emma-l’innocente, puis Thomas et cette salope d’Élisabeth et maintenant ton monstre de fils. Mes deux frères sont des idiots…

— Ne me parle pas comme ça…

— Attends ! Joli garçon s’est réveillé.

Beckett cligna des yeux en direction de son oncle, le visage d’Alastair se tordit sur un rictus. Il était tout près, dans l’espace personnel de Beckett et il pouvait sentir l’odeur écœurante de l’eau de Cologne dont Alastair devait s’asperger. Soudain, il souhaita être à nouveau inconscient. Alastair avait posé des questions, lui donnant des coups de poing et le laissant ligoté dans la salle glaciale avec les fenêtres grandes ouvertes. Il avait atteint ses limites. Et maintenant, Gregory était là.

— Que… commença Beckett.

Il pouvait essayer de jouer les innocents. Il n’était certainement pas trop tard pour récupérer un certain contrôle de la situation.

— Que s’est-il passé ? Qu’est-ce que m’a fait Oncle Alastair ? Dis-lui de me détacher.

Alastair recula en riant et Gregory haussa simplement les épaules. D’accord. Faire appel à Gregory à propos de son oncle n’allait pas marcher.

— Papa ?

Là ! Se concentrer sur l’homme qui était responsable de son existence. Un éclair de douleur traversa le visage de Gregory.

— Alastair ?

Beckett regarda Gregory interroger son frère, mais Alastair secoua la tête. Pendant un moment, Beckett avait senti qu’il était connecté avec son père, mais cela n’avait pas duré.

— Non, Greg. Je ne sais pas ce qui se passe.

Alastair tendit l’enveloppe ouverte à Gregory qui en sortit la simple feuille de papier et une clef.

— Peut-être que tu vas dire à mon frère ce que c’est ? cracha Alastair et Beckett tressaillit lorsque son oncle se pencha plus près.

— Quelque chose dont je me souviens quand j’avais quatre ans, mentit Beckett.

— CONNERIES !

La gifle qui accompagna ce mot succinct fit tourner la tête de Beckett de l’autre côté et son cou protesta à la douleur vive.

— Lis-le à haute voix, Greg. Qu’est-ce que ça dit ?

— Tu auras besoin de l’autre, mais tu sais où il est. Le Texas l’a, lut Gregory. Puis d’autres trucs en lettres et en chiffres.

Il froissa le papier et le jeta sur le sol. Il retourna la clef dans sa main. Elle était petite et en argent, rien d’extraordinaire. Beckett vit Gregory la mettre dans sa poche.

— L’autre quoi ? cria Alastair dans l’oreille de Beckett. Une autre clef ? Où au Texas ? Qui connais-tu au Texas ? À quoi sert cette clef ?

— Aucune… commença Beckett, mais Alastair le frappa à nouveau, encore et encore.

Toujours avec les mêmes questions. Où ? Qui ? Pourquoi ? Sa tête était ballottée d’un côté à l’autre et de la bile remonta dans sa gorge. Cela semblait être la fin des choses, après une journée de question et à supporter la douleur, Alastair était à ses limites.

— Merde, Alastair ! Qu’est-ce qui ne va pas avec toi ? Tu vas le tuer !

Même Gregory semblait choqué par le niveau de colère d’Alastair et Beckett sentit une lueur d’espoir que son père fasse un pas en avant et arrête tout ça.

— Tu veux savoir ? Tu veux vraiment savoir ce que cette petite merde a fait ?

— Quoi ?

Gregory avait l’air perdu.

— Je l’ai fait suivre. Il était à l’aise avec Élisabeth, tu sais ça, mais j’ai fait avec. Puis il a eu cet entretien hier avec un enquêteur privé, un gars dans un centre commercial et putain, personne ne sait ce qu’il lui a remis. Les caméras de sécurité l’ont pris en train d’utiliser ton ordinateur dans ton bureau, Greg. À copier des dossiers.

Un autre coup et Beckett sentit la bile monter en lui. Il allait être malade. Alastair le remit sur ses pieds.

— Dis-lui ce que tu faisais, sale petite merde…

— Étudier…

Beckett laissa échapper un seul mot. L’expression d’Alastair montrait sa dérision.

— Dans tes dossiers privés, Greg.

— Papa ?

Beckett plaqua sa meilleure expression suppliante sur son visage. Afin d’atteindre si possible la connexion entre eux. Il n’y avait rien dans les yeux de Gregory. Aucune compassion ni d’affection paternelle. Juste de la glace.

— Tu n’es jamais venu ici pour me retrouver, n’est-ce pas, Robert ?

La voix de Gregory était plate. Il n’y avait aucun doute dans ce qu’il disait.

— T’a-t-elle dit de venir ici ? Qu’est-ce que tu es venu faire ici ? Me tuer ? Venger ce qui lui est arrivé ?

— Non…

Tout le souffle quitta son corps comme Gregory terminait ce qu’Alastair avait commencé, alors même que celui-ci le tenait. Le barrage était rompu et la haine et la violence que Gregory avait dissimulées derrière son masque de civilité ressortaient en force. Les coups de poing qu’il lançait arrivaient droit sur la poitrine de Beckett, la douleur rapide et aiguë.

— Les as-tu montrés à quelqu’un ? Qu’as-tu fait avec les dossiers ?

— Je n’ai rien fait… J’étudiais…

Beckett sentit sa conscience se déliter. Petit à petit, sa vision devint floue et la seule chose qui lui permettait de rester debout était la poigne qu’Alastair avait sur son bras. Le coup suivant tira violemment sur sa clavicule et il sentit quelque chose se déchirer et claquer dans son bras.

— Je t’ai dit qu’il parlait à Élisabeth. Merde, Greg ! Je t’ai dit que nous aurions dû l’enfermer dès qu’il est arrivé ici.

Alastair relâcha son bras et Beckett tomba sur la chaise. Il recula avec, jusqu’à ce que le dos en bois touche le lit et c’est seulement par pur effort de volonté que Beckett resta à la verticale.

— Il devra mourir. Comme Élisabeth.

— D’accord. Je n’ai pas l’estomac assez solide pour ça…

Greg n’avait pas l’air triste ni affligé. Ses mots étaient amers et saccadés.

— Découvre ce qu’il sait. Ce qu’il a fait.

— Compris, mon frère. Laisse-le-moi.

Il y avait une joie malsaine dans la voix d’Alastair. C’était un homme qui prenait plaisir à blesser et tuer.

— Je veux des noms, des numéros et quand tu auras fini, dépose son corps dans la montagne, dit froidement Greg.

Beckett entendit les mots et un frisson de frayeur s’enroula autour de sa colonne vertébrale. Une terreur abrutissante et consumant tout. Il releva la tête, à peine capable de voir à travers la fente de ses yeux gonflés. Greg le dévisageait.

— Tu aurais pu tout avoir, Robert. Tout cela.

Puis tout partit en vrille.

Des cris. Des ordres. Un fusil. Un tir. Puis des bras puissants qui le mettaient debout et un murmure.

— Je te tiens, gamin.

Beckett se laissa relever, sa seule pensée consciente fixée sur la clef et la lettre. Il tomba à genoux, des jurons de celui qui le tenait jaillirent dans l’air et il rampa vers l’endroit où Gregory gisait dans une mare de sang qui s’élargissait. Beckett arracha la lettre, puis fouilla, malgré le sang et le reste pour trouver la clef. Il ne pouvait rien voir dans le flou de douleurs et il tâtonnait pour trouver son chemin, repoussant le tissu et le sang collant.

— Merde ! Gamin…

— Attendez… !

Il cria le mot dans sa tête, mais tout ce qui sortit de ses lèvres fendues et ensanglantées fut à peine un gémissement.

— Nous devons y aller. Dale, pour l’amour de Dieu…

Les doigts de Beckett se refermèrent sur la petite clef et avec un frisson de triomphe, il vacilla en se redressant.

— Vous n’allez pas le prendre…

La voix d’Alastair, le bruit d’une bagarre et Beckett fut poussé violemment de derrière. Alors qu’il tombait, sa tête rencontra le bord de la commode et sa dernière pensée consciente fut qu’il était vivant et qu’il avait la lettre et la clef. Le reste se règlerait tout seul.



0 comments:

Post a Comment

 
Top